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Maurice ROLLINAT
(poète et musicien. 1882 - 1903)

Petit choix de poèmes

 

Six poèmes pour illustrer rapidement les aspects contrastés de son oeuvre :

 

Les Fougères

 

Le Petit Lièvre

Brusque, avec un frisson
De frayeur et de fièvre
On voit le petit lièvre
S'échapper du buisson.
Ni mouche, ni pinson,
Ni pâtre avec sa chèvre,
La chanson sur la lèvre.

N'entend-il pas quelqu'un ?
Non, ce n'est que la bise
Qui caresse et qui grise
Son petit corps à jeun,
Et dans le taillis brun
Le fou s'aromatise
Au parfum du cytise.

Le Petit Lièvre

 

 

 

Le cimetière

Le cimetière aux violettes
Embaume tous les alentours.
Les lézards y  font mille tours
Au parfum de ses cassolettes.

Que de libellules follettes
Y sont vaines de leurs atours !
Le cimetière aux violettes
Embaume tous les alentours.

Et, champ de morts, nid de squelettes
Qui trompe le flair des vautours,
Il dort au bas des vieilles tours,
Entre ses roches maigrelettes,
Le cimetière aux violettes.

Cliquer ici.En cliquant sur cette image, vous pourrez écouter une interprétation de ce poème mis en musique par Maurice Rollinat lui-même (extrait du CD des "Poètes de la Chimère").

 

Le fou

Je rêve un pays rouge et suant le carnage,
Hérissé d'arbres verts en forme d'éteignoir,
Des calvaires autour, et dans le voisinage
Un étang où pivote un horrible entonnoir.

Farouche et raffolant des donjons moyen âge,
J'irais m'ensevelir au fond d'un vieux manoir :
Comme je humerais le mystère qui nage
Entre de vastes murs tendus de velours noir !

Pour jardin, je voudrais deux ou trois cimetières
Où je pourrais tout seul rôder des nuits entières ;
Je m'y promènerais lugubre et triomphant,

Escorté de lézards gros comme ceux du Tigre.
- Oh ! fumer l'opium dans un crâne d'enfant,
Les pieds nonchalamment appuyés sur un tigre !

 

La jarretière

Cette vipère de buisson
D'une grosseur surnaturelle
Jarretiérait la pastourelle
Qui dormait, un jour de moisson.

Au froid de ce vivant glaçon,
Elle ouvrit l'oeil et vit sur elle
Cette vipère de buisson
D'une grosseur surnaturelle.

Comment oublier la façon
Dont la mignonne enfant si frêle,
Pâle, du bout de mon ombrelle,
Désenroula sans un frisson
Cette vipère de buisson !

 

La chair

La chair de femme sèche ou grasse
Est le fruit de la volupté
Tour à tour vert, mûr et gâté
Que le désir cueille ou ramasse.

Mystérieuse dans sa grâce,
Exquise dans son âcreté,
La chair de femme sèche ou grasse
Est le fruit de la volupté.

Pas un seul homme ne s'en lasse.
Chacun avec avidité
Y mordrait pour l'éternité.
Et pourtant, c'est un feu qui passe,
La chair de femme sèche ou grasse.

 

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